Le constructivisme social

Le constructivisme social est une approche théorique qui met l’accent sur le rôle des interactions sociales dans la construction du sens et de notre perception de la réalité. Selon cette perspective, la réalité ne serait pas objective et préexistante, mais plutôt le produit de nos interactions sociales et de nos processus de signification. On trouve ses fondements chez Jean Piaget, psychologue de l’enfance, qui affirmait : « Je fais le chemin en marchant… ». De plus, il précise bien qu’il y a interaction continuelle avec le réel et que certains schèmes ne sont pas préformés…, il y a continuellement des reconstructions, qui se basent sur les expériences passées, dont une créativité continuelle… Il y a toujours auto-organisation… y a toujours en quelque sorte une forme d’adaptation selon le contexte social, toujours selon Piaget.

Le constructivisme social soutient donc que les connaissances, les valeurs et les croyances ne sont pas simplement découvertes, mais aussi construites et reconstruites, voire négociées, dans les interactions entre les individus et les groupes sociaux. Ces mêmes individus où groupes se font des représentations et des perceptions différentes du monde, qui sont façonnées par leur expérience, leur culture et leur contexte social, en quelque sorte selon leurs positions respectives. Ces significations sont également partagées avec les autres membres de leur groupe social et elles sont toujours sujets à changement selon les contextes et les époques.

Le constructionnisme social quant à lui s’est davantage basé sur le psychologue russe Lev Vygotski, qui évoluait parallèlement en Russie, sans jamais toutefois se rencontrer. Cette perspective a aussi un apport important dans les sciences sociales et les sciences humaines et par conséquent dans les approches post-modernes1. Ces deux visions ont contribué à former la psychologie du développement et ont trouvé de nombreuses applications dans le cognitivisme et dans le constructivisme.

Le constructivisme en counseling, orientation et psychothérapie

On peut dire qu’il y a des formes de constructivismes dans ces différents champs d’application. Nous nous rattachons à une forme de constructivisme, celui de Gregory Bateson, basée sur le célèbre psychiatre Milton Erickson, puis formalisée par l’École de Paolo Alto. Il faut dire que le foisonnement d’idées sont venus d’une part de la cybernétique, dite de premier ordre et d’autre part, de la systémique. Ces derniers courants sont apparus dans les années 40 et ont innové le champ de la thérapie, ce que l’on a baptisé « les nouvelles thérapies ». Dans le champ de la communication et plus particulièrement de la psychothérapie, l’École de Paolo Alto2 et son représentant le plus connu, Paul Watzlawick et ses collaborateurs ont fondé cette école en Californie3.

Nous avons intégré aussi l’approche narrative, que les sociologues reconnaissent comme membre de la famille constructivisme. Les fondateurs de l’approche du constructionnisme accordaient plus d’importance aux influences sociales de l’esprit avec une emphase mise sur la parole et les interactions sociales. Au départ, c’est le psychologue social Kenneth Gergen qui en fut le fondateur et théoricien mais aussi praticien d’interventions originales et sociale afin de dé-construire les préjugés. Dans le champ des thérapies familiales, David Espton et Michael White furent les continuateurs et les développeurs de l’approche narrative4. Ils remettaient en question certaines pratiques de la thérapie constructiviste, surtout le fait qu’une équipe de thérapeutes analysait les comportements derrière un miroir sans tain.

Il faut dire que si au départ ces deux courants se sont opposés5, certains théoriciens ont réussi à les faire dialoguer et à les intégrer, (nos interactions passent par la parole, mais pas uniquement). On pense au psychologue argentin, Marcel Cerebrio6, qui a introduit Paolo Alto en Amérique du Sud et qui a enrichi plusieurs approches de types constructivistes et constructionnistes. Également, le psychiatre espagnol Juan Luis Linares incorpore quant à lui certaines dimensions du constructivisme aux outils du constructionnisme, dans le champ des thérapies et de la pathologie familiales.

Les sciences l’orientation ont souvent suivi les courants de psychologie de l’intervention appliquée : Rogers et son approche humaniste, puis la Gestalt avec Perls, les approches cognitives de Beck et Ellis. L’approche psychodynamique a eu des échos en psychologie scolaire, surtout en Europe; aux USA on peut citer l’américaine Roe a eu des bases de la psychodynamique, sans oublier l’apport dynamique et systémique d’Adler. Les sciences de l’orientation ont donc suivi aussi avec la contribution des théories constructiviste et constructionnisme social.

Pour l’orientation : constructivisme et constructionnisme

L’orientation, étant donné son champ d’interventions, se construit à l’intersection de plusieurs disciplines, dont la psychologie, la sociologie, l’économie, la santé mentale, bref les sciences humaines et sociales participent de ce mouvement. Certains se sont basés sur une forme de constructivisme plutôt individuel, voire très personnelle et individuelle, dont Kelly avec sa théorie des construits personnels. Toutefois, dans une direction plus sociale et interactionniste, un auteur canadien anglais, Willem Peavy, qui a travaillé avec les communautés autochtones du Canada, a intégré autant du constructivisme et le constructionnisme, tenant compte du contexte socioculturel et des traditions orales autochtones. Au Québec, Yvon Pépin a élaboré une excellente synthèse, nommée approche psychosociale et stratégique, formé au départ à la psychologie sociale, et théoricien hors-pair, son ouvrage publié après sa retraite reflète la complexité stratégique et systémique des interventions au sein desquelles nous évoluons. Dans le monde anglosaxon, principalement aux USA et en Australie, Wendy Patton la spécialiste de la carrière australienne a développé une théorie constructiviste et systémique. De même Savickas est sans contredit un auteur majeur du constructivisme en psychologie de la carrière. Retenons aussi, l’apport de Richard Young, canadien et Ladislav Vallach suisse et leur théorie de l’action, appliquée autant à la carrière qu’à la psychothérapie. En France, il revient à Jean Guichard de présenter une théorie constructiviste enrichie des apports de la philosophie et de la sociologie françaises, partant du constructivisme au constructionnisme et plus spécifiquement de certaines théories de la déconstruction.

Nous nous revendiquons de ces approches constructiviste et constructionnistes, car elles nous ont tous les deux comme praticiens de l’orientation et de la psychothérapie appuyer à mieux aider nos clients tant sur la définition (ou re-définition) de leurs difficultés ou problèmes, que d’intervenir afin de créer la meilleure alliance possible et de réaliser ou co-construire ensembles de nouvelles possibilités dans les vies des individus, des familles, et des groupes. Nous nous sommes pas privés non plus des outils d’autres approches qu’elles soient du béhaviorisme, du cognitivisme ou de la gestalt. Il revient à chaque intervenant d’enrichir sa boite à outils afin d’offrir plus de possibilités à nos clients.

  1. Pour une excellente synthèse voir O. Houdé, L’école du cerveau, Mardaga, 2024.
  2. Chalet,S. (2022) Découvrir l’École de Paolo Alto
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  5. Elkaïm, M. (1995) Panorama des thérapies familiales, Éditions du Seuil.
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